La Cité de Maurice Cadet

Avec un talent hors pair, Maurice Cadet nous embarque dans la ville de Jacmel d’antan. Mais ce qui fait le charme du livre, le poète parle en filigrane, son plaisir d’écrire des petits riens. Une écriture fluide et magnifiquement inspirée, rend la lecture de cette pépite captivante et bouleversante.

Des Cités des Poètes

Quoi de plus beau qu’un poète qui chante sa ville par la voix de sa plume ! Si on devait faire une liste des poètes, qui ont chanté leur ville, rien qu’en Europe, la liste serait infinie. D’Émile Verhaeren, en passant par Éluard, Aragon, Robert Denos, Jacques Prévert, et tant d’autres poètes, tous ont décrit l’éclat de leur ville. Claude Pierre est resté toute sa vie ce petit garçon qui attend Simbi au bord de la rivière Lacombe à Corail; Jean-Claude Fignolé a chanté Abricots, Josaphat Robert-Large a écrit pour Jérémie, sa ville natale. Ces trois poètes sont partis la même année en 2017, presque à la même période que le barde Jacmélien. Si René Depestre a immortalisé la ville de Jacmel, Maurice Cadet, qui a rejoint ses trois confrères Grand’anselais a dédié ce livre à sa ville natale en racontant des faits historiques avec une écriture très imagée.

La Cité de Maurice Cadet

Le chant de René Depestre est érotique, celui de Maurice Cadet se veut nostalgique. Du lieu de l’enfance, comme l’auteur « d’Alléluia pour une femme-jardin », Maurice Cadet nous dévoile comment allaient les passagers dans le Jacmel du temps longtemps. À cette époque, le trajet Port-au-Prince-Jacmel n’avait pas la même résonance quand on le faisait en sens contraire. Aller à Port-au-Prince se faisait en toute simplicité. Le retour, parait-il, était plus compliqué. L’auteur nous écrit la station de bus au marché Geffrard, les camionnettes comme « L’oiseau bleu » de Gérard Pierre » ou « Despierta » de Michel Jean-Baptiste. Ces deux chauffeurs prenaient moins de temps à trouver des passagers: leurs camionnettes étaient plus attirantes. L’auteur décrit aussi les plages de sa ville, sa verdure, ses marchés, ses superbes maisons à structure de fonte et à la devanture en fer forgé, importées d’Europe.

Ce délicieux petit livre de souvenirs est aussi un hommage à tous les notables, les marchands ambulants et les bourgeois de Jacmel. Maurice Cadet a fait le portrait de la moyenne bourgeoise de sa ville qui chantaient les poèmes de Lamartine et de Musset sous les étoiles. Il soulève des questions et tente des réponses riches en anecdotes et événements.

Ses plaisirs

Malgré son amour pour la ville, ces lieux qui le font rêver, cette nature qui l’a emerveillé et ces belles rencontres qu’il a vécues, parmi les multiples plaisirs du poète, il avoue qu’il préfère l’acte d’écrire. Parce que pour lui, c’est un exercice délicat qui brasse la totalité de ses émotions. « J’adore écrire. Et j’écris chaque jour », dit-il dans l’incipit du livre. C’est le paradoxe de l’écrivain: un vaste amour des gens, des lieux et des liens avec tout ce qui est, et une vaste solitude derrière sa table de travail pour partager tout ça avec le lecteur en le sublimant. N’en déplaise à sa soeur jumelle, Jérémie, la Cité des Poètes, aimer Jacmel, n’est-ce-pas pas aimer écrire ?

Marc Sony Ricot

Source : Lenouvelliste.com

( Jacmel d’antan, Aller retour, Maurice Cadet. Édition Pulùcia, Collection Jacmel d’antan )

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