Rachid Benzine chante l’amour maternel

Dans son premier roman « Ainsi parlait ma mère », l’écrivain franco-marocain Rachid Benzine mêle humour, tendresse et sensibilité pour raconter l’histoire d’une mère qui a affronté les difficultés de l’exil et de l’intégration en tant qu’immigrée. Une œuvre intense qui est empreinte d’humour et de surprise.

Professeur de lettres à l’université de Louvain, le narrateur est le dernier fils d’une fratrie de cinq enfants. Il a tracé une croix définitive sur tout projet amoureux. Ses parents sont originaires de Zagora, un petit village marocain. Ils ont émigré en Belgique dans les années cinquante. Écrasé par une palette de livres, son père est mort quelques jours avant ses sept ans. Il vit avec sa mère depuis quinze ans dans un appartement miteux à Schaerbeek en Belgique, sa mère est illettrée et ne parle jamais un bon français. Quand un médecin un, ou un employé de la sécurité sociale, un professeur d’école questionne sa mère, elle répondait toujours «oui» sans se soucier davantage sur les effets néfastes de ses réponses. « Cela nous a valu des ennuis avec la terre entière, la police, les impôts, les services sociaux, la banque les hôpitaux et toutes les administrations », retrace le narrateur. Dès son plus jeune âge, le narrateur dévorait tout ce qui lui tombait sous les yeux. Il a grandi dans les livres. En outre, c’est « La peau de chagrin » de Balzac qui tisse le lien le plus émouvant entre lui et sa mère. À 93 ans, sa mère devenue de plus en plus affaiblie lui demandait de lui faire la lecture de cette pépite de Balzac. Elle ne s’ennuie jamais en écoutant son fils le lui lire à son chevet.

Ce roman qui mêle réalisme, fantastique et le désir prolonge la vie de cette femme rebelle qui a appris toutes les lignes de métro de Bruxelles par cœur pour ne pas avoir à demander son chemin. Avec tendresse et générosité, le narrateur ne cesse d’embellir la vie de cette mère âgée. « Je la soigne, je la change, je la lave, je l’habille. J’assure, plusieurs fois par jour, sa ‘’toilette intime’’. Une expression bien neutre pour qualifier un acte que je n’aurais jamais imaginé faire lorsqu’il y a cinquante-quatre ans, ma tête hurlante et sanguinolente débouchait de cette même ‘’intimité’’ pour son premier contact avec l’aire libre », confie le narrateur. Passionnée à écouter des morceaux sur l’exil, cette mère est aussi une féru de la musique et de la littérature. C’est comme si les mots lui ont donné un sens d’existence plus pur.

Dans cette histoire si bien construite, plusieurs thèmes s’entrecroisent, parmi lesquels, l’amour, la vieillesse, l’intégration, les difficultés de l’immigration et du métissage culturel social. Rachid Benzine a écrit un roman épatant pour rendre hommages à sa mère.

Auteur de nombreux essais, Rachid Benzine est islamologue. Il a déjà publié « Les nouveaux penseurs de l’islam » (Albin Michel, 2008) « Le Coran expliqué aux jeunes » (Seuil, 2013) « Nous avons tant de choses à nous dire, co-écrit avec Christian Delorme » (Albin Michel, 1998).

Marc Sony Ricot

Source : http://www.lenouvelliste.com

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