Caldwel Appolon, une voix pour les invisibles

Dans son premier recueil «Écorce du silence» (Éditions Choucoune, 2019), Caldwel Apollon, le natif de Jérémie, nous invite à « faire provision de soleil pour masquer nos pluies ». Ce livre propose des images délicates et tendres teintées de surréalisme et une douce musique, un agréable voyage « dans le cœur d’un moulin à vent ». C’est comme si un immense souffle vous emportait vers des rivages inconnus. C’est comme si vous vous laissiez dériver sur le mouvement du verbe. C’est comme si un tourbillon de douceur, de tendresse, de senteurs, de métaphores surprenantes, vous faisait valser au rythme des battements de cœur du poète. Elle est ambitieuse, cette curieuse œuvre. Le Jérémien a construit ces poèmes avec amour, enthousiasme et vigueur. Chez Caldwel, le souffle est généreux et l’horizon, infini. Les mots défilent dans le torrent des phrases qui emportent tout sur leur passage.

Ce recueil d’une poésie raffinée et sensible s’ouvre sur une allusion à la destruction de la ville des Gonaïves par le cyclone Jeanne et se ferme sur un hommage à la femme, allumeuse du soleil de demain. La souffrance humaine, particulièrement celle des Haïtiens, et la femme, l’aimée, comme seule refuge, sont les thématiques principales d’Écorce du silence.

« J’ai la tête brûlée par ton lever de soleil

toutes mes folies s’allongent

sur le trottoir d’une parole de tes yeux

chaque cri de chaque nouveau-né

habite le silence qui m’entraine vers tes cils sauvages » (P. 18)

Certains textes plongent dans la tristesse, ils s’élancent vers le cœur du lecteur dans la simplicité de leur forme. Au gré des vers l’humeur du poète change sur les ailes légères des pages tendres. Certains textes naissent de l’angoisse, de l’incertitude mais au centre brûle l’amour. L’amour au quotidien.

Mon corps est un morceau d’arbre mort

La poésie de Caldwel est souvent descriptive. Chagrin et joie s’entremêlent dans les arbres, les fleurs et les oiseaux.

« Mon corps est un morceau d’arbre mort

dans la cervelle de la nuit

(…)

« Mon cœur est une rivière qui saigne » (p. 29)

Les vers de ces poèmes s’envolent sur les ailes des mots, sur les dunes des mots dans toute leur liberté. Le lecteur surprend sur les lignes gorgées de lyrisme la régularité rythmique qui en dit long sur la formation classique du poète, admirateur de ses grands corégionnaires : Etzer Vilaire, Jean Brierre, Émile Roumer ou encore René Philoctète.

« Pour la terre coupée en cinq

Je ne t’aime pas

Pour la planète réchauffée et sale

Je ne t’aime pas

Pour les enfants qui ont faim

Je ne t’aime pas » (p.51)

Caldwel Apollon a une plume fluide, une écriture décantée, simplifiée, qui donne à ses textes une musicalité rare. Comme le recommande Paul Valéry, il faut lire ses poèmes à haute voix pour mieux les goûter. Dans ses strophes fignolées, aux accents chantants, Caldwel Apollon nous offre un petit régal pour l’esprit et un baume pour le cœur.

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